11 août 1852

« 11 août 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 205-206], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8716, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour, mon tout aimé, bonjour je vous aime et vous ? Vous avez bien fait de ne pas venir au devant de moi hier au soir, car vous auriez été mouillé comme je l’ai été moi-même pour avoir voulu suivre l’itinéraire convenu. Du reste j’ai fait une campagne inutile, le compatriote n’ayant eu aucune envie de louer sérieusement. Cela m’avait paru d’autant plus fâcheux qu’il n’y a pas beaucoup de choix dans le susdit Marine-Terrace. Je m’en suis venue assez inquiète sur la manière de me tirer de ce mauvais pas et j’y songeais en t’attendant lorsqu’à neuf heures, au moment où je me déshabillais, le petit garçon de l’hôtel est venu me dire qu’on demandait à me parler. Craignant que ce fût quelqu’un de mal renseigné, je refusai ma porte et j’envoyai Suzanne savoir qui c’était ; on répondit que c’était une dame chez laquelle j’étais allée voir des appartements. Je regrettai beaucoup alors de ne l’avoir pas reçue, pensant que c’était notre Français qui après réflexion m’envoyait faire des propositions acceptables. Mais cette fois encore je m’étais trompée. La personne d’hier vient de revenir tout à l’heure et n’est autre que la propriétaire de Nelson Cottage. Elle venait me dire que son mari apprenant que je louerais pour tout l’hiver me laissait le logis à 8 shellings par semaine c’est à dire à quarante francs par mois. Elle prétend que je peux très bien me nourrir avec ma bonne pour 3 shellings par jour ce qui porterait le total pour ma nourriture et mon loyer à 11 shellings par mois environ. Cette somme dépasse de beaucoup trop encore notre premier devis, mais j’ai la conviction qu’il est impossible, la localité étant donnée, d’avoir à meilleur marché le logis. Je dois rendre réponse aujourd’hui à trois heures. Il serait utile avant de conclure que je te visse pour savoir ce que tu décides. Hier, à table1, un père de famille en vacances avec ses enfants annonçait à l’hôtesse beaucoup de monde qui se disposait à venir de Saint-Servan et Saint-Malo visiter les îles et passer les vacances avec leur famille dans les environs. Si cela se confirmait cela rendrait mon installation encore plus difficile. C’est à quoi il faudrait songer. Du reste je pourrais prendre possession demain des deux chambres si nous terminions aujourd’hui, ce qui diminuerait d’autant les frais d’hôtel. C’est à toi, mon pauvre bien aimé, à prendre une résolution à ce sujet, moi je ne ferai ce que tu voudras en ceci comme en tout, mon plus grand bonheur étant de t’obéir.

Juliette


Notes

1 Juliette loge encore à l’Hôtel du Commerce.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.